Stages
Journal de Julie Brouant
septembre 2019
Réalisations
Stages

Chaque mois, les étudiants de l’atelier de Didactique visuelle en échange dans une école étrangère, ou en stage, nous envoient quelques images et un très court texte témoignant de leurs impressions et partageant leurs découvertes.
Découvrez ci-dessous le journal de Julie Brouant en stage à la maison Deyrolle, dans la section Entomologie de ce cabinet de curiosités parisien.

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« De février à mars 2018, j’ai effectué un stage d’un mois à la maison Deyrolle, dans la section Entomologie de ce cabinet de curiosités parisien. L’étude des insectes est dès l’origine la spécialité de la boutique, fondée en 1831 par Jean Baptiste Deyrolle et son fils Achille, tous deux passionnés d’entomologie. Ils développent un commerce basé sur la vente d’insectes et de matériel de chasse pour les collections d’histoires naturelles. Parallèlement à cela, ils développent également, un peu plus tard, l’activité de taxidermiste.
C’est à partir de 1866 que Deyrolle connaît son heure de gloire : à cette époque, la boutique est tenue par Émile Deyrolle, petit-fils de Jean Baptiste. En cette fin de XXe siècle les sciences naturelles connaissent un véritable engouement auprès des amateurs, des sociétés d’entomologie fleurissent un peu partout en Europe. À cette période, Deyrolle commence à produire de plus en plus de matériel pédagogique et de livres sur la faune et la flore, ainsi que des éditions destinées à être utilisées dans les écoles et les collèges. Dès lors la vocation de l’enseigne reste avant tout pédagogique : Deyrolle travaille en partenariat avec l’Éducation nationale, et produit notamment les fameuses planches pédagogiques que l’on trouve à l’époque dans toutes les salles de classe, dans plusieurs pays d’Europe. J’ai eu l’occasion durant mon stage d’admirer toute leur collection de planches aujourd’hui rééditées en raison de leur succès.
Le matériel pédagogique fabriqué par Deyrolle comprend, outre le matériel scientifique, de grandes planches murales, des cartes, ainsi que des modèles anatomiques en staff : comme ceux du docteur Auzoux, ils sont destinés à faire comprendre l’anatomie d’un insecte ou d’un animal, sans avoir à effectuer de dissection. Cependant ces modèles ont aujourd’hui presque tous disparu, j’ai eu l’occasion d’en apercevoir un seul dans la réserve de la boutique qui n’était pas en très bon état. (cf.un modèle de larynx fabriqué par Deyrolle).
Le mobilier de la boutique mérite d’être mentionné : au rayon entomologie, ce sont des tiroirs spécialement fabriqués pour la conservation des insectes, tapissés de mousse entomologique et vitrés pour éviter de casser les insectes en manipulant les tiroirs (ce qui arrive malheureusement de temps à autre…). Néanmoins, le mobilier n’est pas celui d’origine, en raison d’un incendie qui a ravagé la boutique en 2008. Tout a donc été refait à l’identique par des artisans.
Aujourd’hui, Deyrolle est avant tout une boutique, mais certains insectes sont préparés et étalés sur place. J’ai pu découvrir les différentes étapes de ce procédé très délicat, et qui demande des années de pratique pour arriver à un bon résultat. (Les différentes étapes de préparation sont décrites dans les pages du carnet de croquis). D’autre part, la vente des insectes une fois étalés nécessite de réassortir le stock assez souvent, et donc de ranger les insectes par espèces, dans les tiroirs qui leur sont dédiés. Cette opération dont je me suis chargée à plusieurs reprises m’a donc permis d’apprendre le système de classification des espèces, et même de reconnaître à l’oeil, au bout d’un mois, certains papillons. Le travail d’identification des insectes à partir de livres d’entomologie m’a également beaucoup intéressée.
La boutique en elle-même est un très bel endroit, fréquenté par de nombreux visiteurs et autres « curieux ». L’esprit du cabinet de curiosités perdure encore aujourd’hui. J’ai pu me rendre compte de la diversité du public fréquentant la boutique : des collectionneurs bien sûr, passionnés par les collections de papillons et de coléoptères, des touristes qui viennent pour admirer l’endroit, mais aussi des personnes travaillant dans le domaine du luxe ou de la mode : Par exemple la maison Dior
qui a commandé des globes de papillons pour le lancement d’une nouvelle collection. J’ai également rencontré des entomologistes et des chasseurs de papillons, avec qui j’ai pu discuter.
En résumé, mon séjour chez Deyrolle m’a permis de découvrir le domaine assez méconnu de l’entomologie, et a accru mon intérêt pour les sciences naturelles et surtout les différentes manières de représenter le vivant et de transmettre l’enseignement de celles-ci. Ce qui m’a plu dans cette expérience, c’est aussi le fait que l’entomologie associe la science (avec par exemple la fabrication de boîtes entomologiques anciennes, où chaque insecte est identifié par une étiquette) à un côté esthétique, parfois même artistique (avec la réalisation de compositions d’insectes parfois très raffinées, comme la commande réalisée pour Dior). D’autre part, Deyrolle travaille souvent avec des artistes contemporains qui revisitent le thème du cabinet de curiosité (comme Damien Hirst, Huang Yong Ping ou l’artiste Aurèle dont les créations sont vendues dans la boutique). J’ai également rencontré des personnes vraiment passionnées et venant d’horizons très différents, encore une fois aussi bien scientifiques qu’artistiques. Cela reste donc une très bonne expérience pour moi. »

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étudiants

Julie Brouant