Tristan-Moana Engel, étudiant en DNSEP Design, anime depuis quelques mois des ateliers dans le milieu carcéral. Il accompagne les détenus dans la création d’objets. Le jeune designer nous raconte son projet.

« C’est pour des raisons personnelles que je me suis intéressé au milieu carcéral, j’avais en effet un proche incarcéré avec qui j’ai beaucoup échangé sur le sujet », explique d’emblée Tristan-Moana Engel. Cet étudiant en 5e année décide, à la fin de sa troisième année, de travailler son mémoire sur le design en milieu carcéral et cherche à y faire des stages. Avec de la patience et la sollicitation de beaucoup de personnes, il obtient un stage à la maison d’arrêt de Mulhouse.

Seconde vie

Là-bas, il intervient dans un atelier de menuiserie avec des détenus mineurs. « J’étais en duo avec un menuisier pour animer l’atelier. Il avait davantage le côté technique et moi créatif, nous étions très complémentaires ! ». Ce premier stage lui ouvre les portes d’un autre établissement, celui du centre de détention d’Oermingen (Bas-Rhin). Il démarre son stage en travaillant, à l’instar de son expérience à Mulhouse, en binôme avec un menuisier. « Nous animions chaque matin un atelier de restauration de meubles, récupérés à Emmaüs Mundolsheim. Le but était de donner une seconde vie à ces meubles. Petit à petit, j’amenais certains détenus à apporter une touche créative à cette restauration » explique Tristan-Moana Engel.

Se réapproprier l’espace

Le jeune designer propose au directeur du centre de consacrer un atelier à cette pratique plus créative. Ce dernier, emballé, lui donne son feu vert pour animer son propre atelier et lui accorde un budget pour se fournir en outillage. « Il y avait beaucoup de meubles en très mauvais état, impossible à retaper, nous avions donc à disposition pas mal de chutes. Avec celles-ci, principalement en bois, mais parfois aussi en plastique ou issues d’autres matériaux trouvés en prison, les détenus fabriquaient différents types d’objets », raconte Tristan-Moana Engel. « Il y a peu de choses dans une cellule, c’est impersonnel. Les détenus, à travers ces objets, ont voulu se réapproprier leur espace de vie, le personnaliser. Certains fabriquaient des objets du quotidien qui leur manquaient, comme une spatule en bois ou un manche de casserole, parfois une table de chevet. D’autres ont réalisé des objets décoratifs, comme des cadres ou de petites sculptures », précise l’étudiant.

Bourse

Le jeune designer souhaite monter une exposition, au printemps 2021, des objets créés pendant les ateliers à la maison d’arrêt et au centre de détention. Il sollicite des aides, auprès de la Ville de Mulhouse, à travers le dispositif Initiatives de jeunes et auprès de la Fondation de France et sa Mécanique des idées. Son projet plaît, les deux structures lui accordent respectivement une bourse et un suivi. Il bénéficie d’un coaching de la Fondation pour mener à bien son projet d’exposition. « Nous étions cinq porteurs de projets, tous très différents. C’était très intéressant d’avoir le point de vue des autres sur son propre projet, cela permet d’affiner les pistes de réflexion » raconte le jeune designer. Prochaine étape, trouver un lieu pour présenter cette exposition. Tristan-Moana Engel prévoit aussi de l’intégrer dans la présentation de son DNSEP. Actuellement, il est rémunéré par le centre de détention pour pérenniser son atelier. La maison d’arrêt lui a fait savoir qu’elle est également intéressée pour voir son atelier perdurer.

Charlotte Staub

(mise en ligne le 17 décembre 2020)


Le site web de Tristan-Moana Engel