Bernard Sève
« Matériaux sensibles … à quoi, pour qui ? »
Des matériaux physiques ou organiques, on dira qu’ils sont sensibles « à » : à la lumière, au champ magnétique, aux chocs, à la pression atmosphérique, au son, à la température. Des matériaux de l’art (mais ce sont en fait les mêmes), on dira qu’ils sont sensibles « pour » : pour l’artiste capable de s’en emparer et d’en faire œuvre, une œuvre elle-même sensible pour un public. Trois valences de la sensibilité donc. Aux potentialités du matériau répondent les décisions de l’artiste puis la disponibilité ou l’indisponibilité des publics. La dialectique des sensibilités ne s’en tient pas à cette chaîne trop linéaire. Les inventions techniques ou artistiques proprement « aisthétiques » dotent les néo-matériaux, les artistes et les publics de formes inconnues de sensibilité, et révolutionnent la grammaire du sensible.
Bernard Sève est professeur émérite en esthétique et philosophie de l’art à l’Université de Lille, UMR 863 STL. Il travaille en philosophie de la musique (L’altération musicale, Seuil, 2002 ; L’instrument de musique, Seuil, 2013) ainsi que sur la pensée de Montaigne. Dernier livre paru : Les matériaux de l’art (Seuil, 2023).
Marion Delarue
Le travail de Marion Delarue explore les phénomènes de transformation et de transition, se jouant des frontières entre authenticité et imitation, nature et artifice.
Nourri par l’imaginaire de la parure d’apparat, son travail s’inscrit dans une relation réelle ou symbolique avec le corps ; enrichies par cet apport et contraintes par cette exigence, ses pièces questionnent sans cesse la notion de portabilité.
Biographie:
Marion Delarue est une artiste française diplômée de la HEAR à Strasbourg, actuellement en résidence de recherche au Musée des Arts Décoratifs de Paris.
Ses pièces ont été exposées dans des institutions telles que le Stedelijk Museum à Amsterdam, le Bellevue Arts Museum à Washington ou encore le Musée des Beaux Arts de la ville de Paris. Marion Delarue a également été artiste résidente en Chine, en Corée et au Japon, notamment à la Villa Kujoyama, à Kyoto, en 2019.
Camille Prunet
« Dérives nuageuses ou les enjeux du médium-milieu »
Suivons un peu les traces laissées par le nuage numérique en analysant les usages du cloud dans des pratiques artistiques contemporaines à l’heure de l’« anthrobscène » (Jussi Parikka). Le nuage symbolise traditionnellement la liaison universelle entre les quatre éléments et se voit attribuer un rôle de médiateur spirituel dans de nombreuses civilisations. Derrière cette image positive du cloud, prétendument immatériel et sans limite, se cache une matérialité mise à jour dans certaines œuvres. Des artistes comme Noa Jansma ou le collectif HeHe s’emparent de ces enjeux en investissant le nuage comme « médium-milieu », intégrant le nuage comme motif, comme médium et comme milieu. Le motif du nuage s’alourdit alors d’une dimension toxique, comme espace de mise en mouvement des pollutions du monde actuel.
Camille Prunet est Maîtresse de conférences en Théorie de l’art et Pratiques de l’exposition à l’université Toulouse – Jean Jaurès (laboratoire LLA-CREATIS). Son travail de critique d’art et de commissariat d’exposition est pensé en articulation à ses recherches qui portent sur la saisie du monde vivant par les techniques dans les arts visuels et sur l’épistémologie des images.
Natsuko Uchino
Natsuko Uchino présentera sur sa formation personnelle aux beaux arts et à la permaculture ainsi que sur son travail en terre crue, ses liens et généalogies avec les techniques constructives vernaculaires. Professeure à l’école des beaux arts du Mans, elle présentera leur cursus dédié aux questions matérielles, MAGMA (Master Art en Géo-Matériaux)
Natsuko Uchino est une artiste transversale dont la démarche a été façonnée par l’expérience rurale et les techniques artisanales liées à la subsistance. Elle commence la céramique dans une forme expérimentale de culture vivrière, en créant les contenants à sa production agricole avec l’argile issue du même paysage habité et nourricier. Elle consolide son apprentissage céramique à Sasayama, Hyogo dans un village Minguei au Japon affinant ainsi son rapport avec les techniques vernaculaires et artisanales.
Artiste représentée par la Galerie Allen à Paris et Sorry we’re closed à Bruxelles.
Natsuko Uchino est diplômée de la Cooper Union, New York en 2007 et du programme de recherche du Centre pour l’Art Contemporain Kitakyushu, Japon en 2012.
Elle est professeure d’enseignement artistique spécialité Sculpture, Volume, Céramique depuis 2017 à l’Ecole Supérieure d’Art et de Design-TALM, Le Mans et crée la mention MAGMA (Master Art en Géo-Matériaux) au DNSEP en 2021 qu’elle coordonne à ce jour.
Gyan Panchal
Né en 1973 à Paris, il vit et travaille à Eymoutiers (87)
C’est à partir d’objets glanés sur le bord des routes que les sculptures de Gyan Panchal prennent forme ; des objets trouvés (un bac à sable, un auvent, une serrure…) mis au rebut du fait de leur désuétude et dont la fonction, suspendue à mi-course, convoque encore des rapports humains, des adresses à l’autre et au dehors. Tel un chiffonnier, l’artiste les recueille à l’atelier et par des gestes attentifs, souvent réduits à leur plus simple expression (laver, couper, poncer, assembler, teinter…) il accompagne ces objets jusqu’au seuil d’eux-mêmes. Devenues sculptures, ces formes altérées sont rendues au monde ; des formes en négociation avec leur exposition retrouvée.
Le travail de Gyan Panchal a fait l’objet de nombreuses expositions personnelles, notamment au Musée d’art moderne et contemporain, Saint-Etienne (2019) à la galerie Marcelle Alix, Paris (2022) au Musée départemental d’art contemporain, Rochechouart (2017) chez Jhaveri Contemporary, Mumbai (2015 et 2012) à la Maison des Arts Georges Pompidou, Cajarc (2014) ou encore au Palais de Tokyo, Paris (2008). Ses œuvres ont été montrées dans les collections du Centre Pompidou, à la Biennale d’Art Contemporain de Rennes, au Carré d’art de Nîmes, au Crédac à Ivry-sur-Seine, à la Villa Arson à Nice, à la Fondation Ricard à Paris. Il organise également des expositions (« Etre Chose » au CIAP de Vassivière en 2015) et enseigne la sculpture à l’Esacm, Ecole supérieure d’art de Clermont Métropole.
Plus d'informations sur son travail