Elsa Klée & Lucile Ourvouai
Lucile Ourvouai est illustratrice et autrice de bande dessinée, et collabore avec la presse, notamment pour la Déferlante, Axelle magazine ou encore le journal Biscoto. En parallèle, elle poursuit depuis plusieurs années une activité dans la micro-édition et participe à des fanzines collectifs, comme Sprinkle, Frankenstein magazine, Matière Grasse, ou encore Hairspray. L’auto-édition lui permet d’explorer avec autodérision le registre de l’auto-fiction, à travers ses multiples alter ego.
Elsa Klée est une autrice de BD installée à Marseille. Diplômée en 2018 de la section illustration de la HEAR, elle vit ensuite plusieurs années à Berlin, où elle travaille comme libraire et publie Bibi et Peggy chez Colorama. Elle effectue deux résidences à la Maison des Auteurs d’Angoulême en 2020 et 2021. Passionnée par le fanzinat, elle participe régulièrement à des projets de revues collectives et co-édite l’anthologie Fanatic Female Frustration qui remporte le Prix de la BD alternative au festival d’Angoulême en 2025. Sa saga Elsa and the Haters paraît aux Editions Cambourakis.
Fanatic Female Friendship
Engagées dès leurs études dans la pratique du fanzinat et passionnées par la construction d’un matrimoine de la bande dessinée, les autrices de BD et illustratrices Elsa Klée et Lucile Ourvouai vous présenteront leur travail et parcours. Après l’obtention de leur diplôme de la HEAR en 2018, ce sont les collectifs de zines, les festivals de BD underground ou alternatifs, et la force de leur amitié qui leur a permis d’opérer la transition d’une sortie d’école présageant un avenir incertain, à l’appartenance à une communauté artistique et professionnelle solidaire. En 2025, elles sont lauréates du Fauve de la BD alternative pour leur ouvrage collectif Fanatic Female Frustration, qui rend femmage à Aline Kominsky-Crumb, pionnière de la BD autobiographique féminine underground.
Liées par leurs parcours parallèles, elles partagent la même volonté de créer des récits et images féministes grotesques et énervés, dans lesquels l’amitié est souvent la solution révolutionnaire proposée face à l’oppression patriarcale.
Sophie Suma
Sophie Suma est Maîtresse de conférences contractuelle en études de cultures visuelles à la Faculté des arts de l’Université de Strasbourg. Elle est spécialisée dans l’étude des représentations des corporéités queer dans les séries TV. Elle est l’autrice de plusieurs articles et ouvrages dont Écologie des images. Films, séries et autres milieux visuels (205, 2025), Écologies visuelles de Los Angeles. De Reyner Banham aux séries contemporaines (Creaphis, 2023). Elle est coordinatrice du programme de recherche Cultures visuelles, de la revue archifictions et du projet Gender Ecology TV Series / GETS de l’université de Strasbourg.
Les personnages queer sauvent-ils le monde dans les séries télé ?
Les différentes guerres et crises siocio-politico-environnementales, dont nous faisons aujourd’hui l’expérience, renvoient indéniablement aux récits de fin du monde qui ponctuent l’histoire des civilisations. Au vu des récentes attaques plus spectaculaires que jamais envers la diversité, et au sein de ce contexte instable et anxiogène, une question demeure : confierions-nous l’avenir politique et culturel, et plus largement de l’humanité ou de la planète aux personnes queer ? Comme l’ont montré de nombreux événements récents, les personnes gays, lesbiennes, bisexuelles, et plus encore les personnes transgenres, accèdent difficilement aux postes à responsabilités. De plus, elles subissent plus fortement les violences et discriminations intersectionnelles, et bien plus encore en cas de bouleversements socio-environnementaux. En tant que productions audiovisuelles les plus consommées de notre siècle, les séries peuvent-elles alors nous servir de baromètre social pour examiner la confiance que nos sociétés accordent, ou refusent encore, aux personnes queer lorsqu’il s’agit d’assumer des responsabilités majeures ? Faisons-nous réellement confiance aux personnages queer dans les séries télévisées ? Leur confie-t-on, dans les récits les plus mainstream, les quêtes centrales lorsque l’enjeu est de sauver le monde ? À partir de l’étude de personnages queer et de la manière dont sont représentés leurs corps dans les récits, l’analyse sous cet angle d’un vaste corpus de productions occidentales, propose un état des lieux de la question.
Mireille Nyangono Ebene aka Nygel Panasco
Mireille Nyangono Ebene alias Nygel Panasco est diplômée de la HEAR, Strasbourg en Illustration (2018). Sa pratique navigue entre le dessin, la musique, l’écriture et la performance. Ses histoires ont la science-fiction pour terreau, et parlent d’identité, de mutation, de monstres, de relations familiales, de retour aux origines et de sexualité. L’imagerie chrétienne y est souvent revisitée. Son travail musical tient sa source de l’enfance, où les sons d’église la bercent. Elle prend en main son univers par la MAO et sort des projets indépendants. Sa musique est abrasive, hérétique, hybride, nocturne et sensuelle. En un mot : Ovnivore.
Le dessin et la musique se retrouvent souvent juxtaposés dans ses performances. Mireille travaille avec des institutions comme Le Palais de Tokyo pour des illustrations, des ateliers, des concerts, participe à plusieurs résidences, pratique l’autoédition et contribue aussi à diverses revues (Frankenstein, La Déferlante) avec des récits courts de BD, où elle développe un univers aux histoires interconnectées. C’est le monde d’Énam : une Terre où les humains se sont hybridés à des formes diverses de vies extraterrestres. Elle participe à plusieurs expositions collectives et solos en Europe. En 2022, son premier roman graphique Down Memory Lane est publié par Colorama. Elle sort deux projets musicaux dont Amours Vampires en 2024.
Nous existerons dans le futur
Le travail de Nygel Panasco est un puzzle qui se construit depuis la marge, qui s’est construit sur une carence : celle de récits et d’images qui concordent avec son expérience de la vie. Se voir représentée et grandir avec des histoires et des personnages qui partagent des morceaux de nous, ce n’est pas anodin, cela ancre n’importe qui dans son époque et dans sa culture, cela donne des clés de compréhension de soi.
Le manque de cette représentation a grandement façonné son rapport à la création, et ensuite donné le ton de ses histoires. Actuellement, Nygel s’emploie à élaborer un univers dans lequel la structure de notre réalité capitaliste et coloniale est mise hors-jeu. C’est cela que représente le monde d’Énam ; c’est la Terre, notre terre, mais dans un futur où l’humanité n’est plus hégémonique, où notre espèce est hybridée et remplacée. Et dans ce monde, le point neutre des représentations change. De nombreux éléments de cultures africaines sont disséminés çà et là. Le personnage principal que l’on est habitué à voir dans les librairies est noir, queer, une femme, ou rien de cela.
Énam est un laboratoire. La science-fiction est le prétexte idéal pour imaginer ce que l’on aimerait voir, et regarder de façon critique ce qui est. Énam est une histoire de changement.
Lisa Mandel
Lisa Mandel est une autrice de bande dessinée française née à Marseille au siècle dernier. Reconnue pour son humour décalé et un dessin simple mais incisif, elle fait ses armes dans la BD jeunesse avec notamment la série Nini Patalo. Avec le temps, elle s’oriente peu à peu vers la BD dite « du réel ». Autrice de plusieurs autobiographies (ou presque), elle réalise chez l’Association, à la fin des années 2000, une fresque historique HP, sur la carrière de ses parents, infirmiers en hôpital psychiatrique. Elle cofonde ensuite, avec la chercheuse Yasmine Bouagga « Sociorama » chez Casterman, collection qui adapte en BD des enquêtes de sociologie. Les deux autrices y signent notamment Les nouvelles de la jungle de Calais qui retrace les six derniers mois du plus grand camp de migrants français du XXIe siècle. En 2019, elle entame un projet pharaonique : réaliser une page par jour pendant une année afin de régler toutes ses addictions. Une année exemplaire paraît en 2020, en pleine crise du Covid-19. Portée par le succès de son livre, réalisé en autoédition, Lisa Mandel se lance dans la création des éditions Exemplaire. Le but de cette structure alternative est notamment d’assurer une répartition plus juste des revenus pour les autrices et auteurs, victimes d’une précarisation galopante depuis plusieurs décennies. Elle y lancé son projet Se rétablir, chronique sur le rétablissement en santé mentale.
Ces dernières années elle a rejoint l’équipe de l’Obs, où elle publie une BD par semaine, co-signe une rubrique économique avec l’économiste Anne-Laure Delatte chez Mediapart et collabore avec Pochep pour le magazine Spirou, autour de la série Perdus. Pendant ses pauses, elle essaie d’avancer sur son prochain projet éditorial : une bande dessinée chez Romance Queer, la nouvelle collection des Éditions Exemplaire.
Autrice et queer, trouver l’équilibre
Lisa Mandel, autrice de bande dessinée et queer, jongle depuis le début de sa carrière avec le sentiment d’un devoir de visibilisation de la communauté dont elle fait partie à travers sa pratique et l’envie d’explorer des univers variés, sans forcément se poser une étiquette.
Amandine Gay
Amandine Gay partage son temps entre création et plaidoyer. Réalisatrice-productrice (Ouvrir La Voix -2017 ; Une Histoire à Soi -2021-), autrice (Une Poupée en Chocolat -2021), activiste (création du Mois des Adopté·es en 2018), elle se définit comme autrice politique. En 2025, Ballroom, sa première série documentaire est diffusée sur la plateforme de France Télévisions, tandis que Vivre, libre, son deuxième essai autobiographique, est publié aux éditions La Découverte. En février 2026 parait l’édition italienne de son premier essai, Una bambola di cioccolato, aux éditions Fandango.
Quelles formes pour quelles histoires ? : les cas pratiques de Ballroom et Vivre, libre
En s’appuyant sur son travail de réalisatrice, autrice et activiste, Amandine Gay explorera la manière dont les récits peuvent être réappropriés par des auteur·ices et des protagonistes minorisé·es et marginalisé·es. Elle offrira deux études de cas : une basée sur son approche documentaire (du long métrage cinéma en guerilla filmmaking pour Ouvrir La Voix, à la série documentaire pour le service public avec Ballroom, en passant par la production cinéma classique) ; l’autre basée sur l’écriture d’essais autobiographiques en se focalisant sur son dernier ouvrage, Vivre, libre paru en 2025 aux éditions La Découverte. Elle partagera les principes qui, selon elle, permettent de créer librement : oser innover à travers des formes multiples – documentaire, fiction, livres, films et podcasts – ; construire sa visibilité dans l’espace public -une condition sine qua none lorsque l’on désire conserver son indépendance, et façonner une carrière créative pérenne lorsque l’on se situe à l’intersection de multiples oppressions.