Strasbourg, HEAR, 1 rue de l'Académie

Dans le cadre du premier colloque de l’Association pour les Rencontres Philosophie-Psychanalyse de Strasbourg (ARPPS), la HEAR invite philosophes et psychanalystes à dialoguer sur la question de l’effondrement. Elle sera abordée dans ses différentes dimensions : clinique, écologique, politique, esthétique.

Aujourd’hui, il semble que le leitmotiv de la « crise » ait été remplacé par celui de « l’effondrement ». Si la notion de crise indique un état d’instabilité momentanée d’un système qui doit évoluer soit vers une reconfiguration, soit vers son extinction, nous vivons aujourd’hui l’expérience menaçante d’une course vers l’effondrement d’écosystèmes locaux ou de la biosphère Gaïa elle-même. Mais qu’est-ce qu’un « effondrement » ? Y en a-t-il des formes différentes ? Qui ou quoi s’effondre ? L’humanité et/ou son monde ? Le sujet et/ou son milieu ? Les uns et les autres, ou les uns parce que les autres ? Quelles sont les différentes formes d’angoisse qui peuvent se manifester face à l’effondrement et que peuvent-elles nous apprendre de la nature même de l’effondrement ? La conscience de l’appartenance du sujet au monde plus qu’humain permet-elle de faire face à l’effondrement, voire à l’éviter ?

Dans La crainte de l’effondrement (1974) le psychanalyste Donald Winnicott s’interrogeait sur cette angoisse spécifique que ressentent certains sujets. Il y voyait l’expression d’une « agonie primitive », d’un effondrement psychique qui aurait « déjà eu lieu » dans l’enfance sans être éprouvé comme tel.
Dans Effondrement (2005), le géographe et biologiste Jared Diamond s’interroge sur le lien entre crise écologique et effondrement sociétal, tout en relevant la nécessité de prendre en compte les réponses apportées par une société selon ses valeurs propres. Dans Devant l’effondrement (2019), Yves Cochet distingue lui aussi des effondrements qui auraient « déjà eu lieu » -avec les innombrables dégradations de milieux naturels- et un effondrement systémique imminent. Il ne s’agit évidemment pas du même effondrement : celui dont parle Winnicott se situe sur le plan du psychisme individuel alors que l’autre se situe sur le plan collectif et sociétal. Si, pour le psychanalyste, il est possible de surmonter cette crainte de l’effondrement en revivant dans la cure l’agonie primitive, se confronter à la crainte de l’effondrement écologique suppose au contraire de l’éprouver comme telle et non de la dénier. Et pourtant, il est possible de repérer une similitude entre ces deux types d’effondrement et entre les formes d’angoisse qu’ils suscitent. Dans les deux cas, l’on a affaire à une défaillance de l’environnement, du milieu à la fois générateur et protecteur d’un sujet ou d’une collectivité qui leur permet de se maintenir : la nature et la Terre mises en danger par l’activité humaine quand il s’agit de l’effondrement écologique, la sollicitude et la « portance » maternelle (holding) qui ont fait défaut dans l’enfance d’un individu. À chaque fois, cela amène à envisager les sujets humains à partir de leur relation d’appartenance au milieu qui les protège et les porte, ce qui demande d’analyser les interactions entre la psyché individuelle, la réalité sociale et historique et le monde plus qu’humain.

– Coordination pédagogique au sein de la HEAR : Sandrine Israël-Jost.


Vendredi 30 et samedi 31 janvier 2026
HEAR, auditorium
1, rue de l’Académie à Strasbourg
Entrée libre dans la limite des places disponibles