Paul Ardenne
« L’art écologique, une matériologie spécifique »
Le propos de cette conférence : préciser dans un premier temps ce qu’est l’art dit « écologique » ; établir l’inventaire, ensuite, de ses matériaux fétiches. Matériaux d’origine naturelle tels que terre, bois, végétaux, graines, terre crue, mycélium ou encore déchets et rebuts dans la perspective du recyclage et du upcycling, ceci, sans oublier l’eau, le recours aux animaux, au vent, à la pollution atmosphérique ou à la lumière solaire… Cette matériologie spécifique modifie de façon décisive la création artistique, ses outils et son « faire ».
Agrégé d’Histoire, docteur en Arts et Sciences de l’art, Paul Ardenne est écrivain et historien de l’art. Collaborateur régulier des revues Art Press et Archistorm, il est l’auteur de plusieurs essais sur l’art (Art, l’âge contemporain, L’Image Corps, Un art contextuel, L’art en joie…), l’architecture (Terre Habitée, Le Boost et le Frein…) et la culture actuels (Extrême, Apologie du dragster, Absolus…). Dans le domaine de l’écologie plus particulièrement, on lui doit notamment les essais Un art écologique (2018) et Green Soul. L’anthropocène : cultures, arts, imaginaires (2026), outre le cycle d’émissions « L’art est l’environnement » pour France Culture (2024).
Charlotte Gauthier Van Tour
La pratique de Charlotte Gautier van Tour s’intéresse aux évènements qui peuplent nos écosystèmes, les fermentations, germinations, proliférations ou macérations fertiles. Elle s’allie aux algues, aux végétaux et aux microorganismes pour créer des œuvres pensées comme des surfaces d’interaction et de rencontre. L’art est pour elle un moyen de révéler l’invisible et de montrer la symbiose entre les corps de différentes espèces. Artiste jardinière, laborantine et cuisinière, elle donne naissance à des créatures sculpturales chimériques et à des installations évolutives in situ dans une perspective écoféministe célébrant l’hospitalité, l’écoute, le soin et la régénération. Son travail ouvre des espaces de possibles où se réinventent des alliances et des récits sensibles empruntant tant aux mythes qu’aux recherches scientifiques.
Charlotte Gautier van Tour est plasticienne, elle vit et travaille à Dieulefit dans la Drôme. Diplômée de l’ENSAD à Paris, son travail a été présenté récemment à la Friche de la Belle de Mai, à la Fondation Fiminco, au Musée de la Chasse et de la Nature, au Salon de Montrouge et au Maif Social Club.
Camille Bosqué
Cette présentation, entre théorie et pratique, sera consacrée à différents projets menés ces dernières années, notamment avec la Société du Grand Paris. Le récit de ces projets permet de faire la démonstration d’une pratique de design par l’expérimentation, avec des actions situées qui engagent des publics non experts ou marginaux. Les scénarios de production présentés, avec des terres locales sourcées sur des chantiers d’Ile de France, posent des questions sociales, écologiques, politiques et économiques. Dans ce cadre, le statut des objets qui sont produits peut être questionné : ne sont-ils que des objets prétextes ?
Camille Bosqué est designer, professeure agrégée d’arts appliqués et docteure en esthétique et design. Depuis 2012, elle étudie les pratiques et discours liés au mouvement maker, les pratiques amateurs et le développement des réseaux de lieux alternatifs de production (FabLabs et tiers-lieux de fabrication). Elle enseigne à l’École Boulle (DN MADE Édition et productions et DSAA Manufactures Contemporaines) et à l’Ensci-Les Ateliers. En parallèle, elle a développé une activité de céramiste, en lien avec des gisements d’argiles mis au rebut (chantiers, excavations). Cette pratique se déploie depuis 6 ans autour de son atelier à Saint-Ouen et dans différents contextes, auprès de publics variés. Elle a publié différents ouvrages, dont Open Design, Fabrication numérique et mouvement maker (2021, éditions B42) et Design pour un monde fini. Lexique à l’usage de celles et ceux qui veulent maintenir l’habitabilité du monde (2025, Premier Parallèle).
Instagram
camille.bosque@ensci.com
Chloé Jeanne
Le travail de Chloé Jeanne interroge notre relation aux milieux vivants en explorant leurs dimensions invisibles : moléculaires, olfactives, organiques. À travers l’usage de biomatériaux (mycélium, cellulose bactérienne, terre crue, cire, pierre, eau), je conçois des installations sensibles qui rendent perceptibles les échanges entre les corps humains et non-humains. Mon approche écologique des matériaux repose sur l’expérimentation de matières vivantes ou biodégradables, envisagées comme des collaboratrices plutôt que comme de simples ressources. Il s’agit de faire émerger une conscience des interdépendances et de proposer, par l’expérience sensorielle, une autre manière d’habiter et de percevoir le vivant.
Chloé Jeanne est artiste plasticienne. Sa pratique explore les relations sensibles entre les humains et les entités du vivant, à travers des installations mêlant sculpture, olfaction et biomatériaux. Elle collabore régulièrement avec des scientifiques (mycologues, chimistes) et des parfumeurs afin de rendre perceptibles les dimensions invisibles du monde organique. Son travail a été soutenu par la DRAC et la Région Centre-Val de Loire et présenté notamment à la Casa de Velázquez (Madrid), à la Fondation Pistoletto (Biella) et au CNRS d’Orléans. Lauréate du Prix Art Éco-conception – Art of Change 21 x Palais de Tokyo (2025), elle développe une recherche transdisciplinaire autour des sols, des fleuves et des organismes fongiques. Elle vit et travaille en Centre-Val de Loire.
Basse Stittgen
La conférence aura lieu en anglais
The conflation of current ecological/social crises has displayed the close and vulnerable relationship between humans and other-than humans, pushing the practice of design to rethink its habits, trajectories, and relationship with other material bodies. At the same time , the ways in which we have come to relate to these bodies reveal complex stories about ourselves as much as it does the larger social, economic, political and cultural entanglements embedded within them. In this sense, materials can become tools to navigate the social, spaces to critically explore alternative value systems, knowledges, relationships, and ways of living. Matter such as blood, deconstructed trees and mold become narrators in this lecture that explores ways how objects can mediate contemporary complexities by way of making invisible processes tangible.
The work of Basse Stittgen uniquely bridges material research, storytelling, and collective engagement. Basse is internationally recognized for transforming overlooked or discarded materials into objects that reveal powerful narratives about ecology, consumption, and social values. His work demonstrates how design can move beyond form to become a catalyst for dialogue and change. Basse has developed projects that often operate at the intersection of science, craft, and community, turning waste streams into meaningful archives of shared human activity. Through these processes, Basse’s work looks for ways how objects can mediate contemporary complexities by way of making invisible processes tangible. He graduated from the Design Academy Eindhoven in 2017 and since then his work has been exhibited at the V&A Museum, the Stedelijk Museum Amsterdam, the Kunsthalle Basel and the 13th Shanghai Biennale of Architecture. It is part of the collections such as the MAK Vienna, the NGV Melbourne, and the Wellcome Collection.
Siriane Benbahlouli et Léo Verhaeghe
Cette intervention présente notre pratique via le projet Le Parpaing, une plateforme de matériaux de réemploi agissant comme interface entre déconstruction et reconstruction. À travers nos missions de diagnostic ressources réemploi, de remise en état technique et de valorisation de l’intelligence manuelle, nous défendons une pratique où le matériau n’a plus le statut de déchet, mais est une ressource valorisée de plusieurs manières : le réemploi à l’identique, le déclassement, le détournement ou encore l’ennoblissement. Nous explorerons comment ce changement de paradigme transforme le métier de concepteur en inversant le rapport forme/matière : ici, le design à partir de la ressource existante remplace le dessin préexistant. À l’image des collaborations avec les designers Arnaud Eubelen ou Emma Cogné, le design devient une émanation du gisement, où l’assemblage contextuel de composants industriels atteste de la valeur esthétique de l’usure
Après l’obtention de son diplôme d’architecte d’État à l’ENSAPL (Lille) en 2022, son intérêt pour les techniques constructives non-courantes et les dynamiques d’expérimentation l’amène à rejoindre l’association d’architecture Zerm. Elle y exerce en tant que chargée de développement de la plateforme de réemploi Le Parpaing, un projet à la croisée de la recherche en action, de l’assistance à maîtrise d’ouvrage/œuvre et d’un bureau d’étude technique qui œuvre activement à structurer la filière du réemploi en architecture. Dans une volonté de renforcer sa pratique professionnelle, elle entreprend en parallèle son HMONP (Habilitation à la Maîtrise d’Œuvre en son Nom Propre). Sa curiosité intellectuelle l’amène également à développer un intérêt pour la danse, explorant par le corps la perception et l’appropriation de l’espace.
Après un DUT Information-Communication, option publicité, puis un Master Information-Communication, parcours Communication, Action Publique, Territoire (CAPT) à l’Université de Lille. Il s’engage en 2022 au sein de l’association Zerm, où il contribue à la communication et à la médiation de la plateforme de réemploi Le Parpaing et du projet Saisons Zéro ainsi qu’à la valorisation des projets de réhabilitation menés par l’association. Il assure des responsabilités de coordination de projet et ses missions font appel à des compétences variées : édition,photographie de produits et d’architecture, mise en page, graphisme,marketing, signalétique,ainsi que la gestion d’outils numériques, notamment des services libres et décentralisés.