Examen en images de la mémoire de la Grande Guerre, l’ouvrage Onze Onze, coédité par la HEAR et les éditions La Nuée Bleue, présente les photographies réalisées par les étudiants de l’atelier de Communication graphique de la HEAR lors de workshops, encadrés par Philippe Delangle et Alain Willaume, qui se sont déroulés pendant les commémorations du 11 novembre, de 2012 à 2016.

11/11 est une édition éditée dans le cadre du programme de recherche « Lignes de front 1914-2018 ». Entre 2013 et 2018, le projet a permis à plusieurs dizaines d’étudiantes et d’étudiants de réfléchir aux représentations de la Grande Guerre en rencontrant artistes, muséographes, conservateurs de musée et de bibliothèque, cinéastes, historiens et historiennes de l’art tout en participant eux-mêmes à la production d’images et d’oeuvres qui proposent finalement de retrouver le sens étymologique de la commémoration : se souvenir ensemble.

« À l’instar des militaires, les politiques et les publicitaires chérissent l’exercice de la commémoration, son protocole, ses hiérarchies. C’est ce même exercice que scrute l’ouvrage 11/11, mais protocole et hiérarchies y sont malmenés. Les images ne semblent pas au garde-à-vous, l’éclairage de guingois, les informations disparates, et pourtant…

Nous sommes bien au cœur du sujet et c’est bien de commémoration dont il est question. Une réflexion collective et horizontale, à hauteur du présent immédiat, y est à l’œuvre. Oui, durant quelques heures, quelques jours, les auteurs, étudiantes et étudiants en communication graphique à la Haute école des arts du Rhin, se sont bien frottés à l’Histoire, et le passé rugueux a déposé quelques phosphènes au fond de leurs rétines.

Empreinte de profondeur, la somme que compose 11/11 est bien aussi anarchique qu’impertinente. Un inventaire énervant, à la fois cancre et cultivé, engagé et en retrait, revendicatif ou impuissant. C’est un carambolage grave et joyeux, un regard décalé sur l’exercice de la commémoration et sur ses résonances présentes. Et ce contre-feu fait assez fidèlement écho à sa perception « brumeuse » qu’a cette génération de jeunes gens de cette période.

11/11 renvoie ici à une réalité unanimement évoquées par les étudiantes et étudiants à propos des cérémonies dont ils ont été témoins : « Nous sommes loin ». Tenus à l’écart par les barrières de sécurité du service d’ordre et par les chicanes du temps, ils perçoivent à distance les « bruits de conversation » sur cet événement, cette guerre, cette problématique de commémoration. Et les réamplifient à leur façon. »

Alain Willaume