À l’occasion de la réhabilitation du site de la Coop, la société SAS-3b, la HEAR et l’ENSAS se sont associées dans une collaboration laissant libre cours à la réflexion et à la recherche artistique, entre œuvres, mobiliers et aménagement de l’espace public. Durant l’année scolaire 2021-2022, plusieurs étudiant·es des deux écoles ont investi les murs du bâtiment de la Sérigraphie sur le site de la Coop, gracieusement rendu disponible par la SPL Deux-Rives, avec à leur disposition un vivier conséquent de matériaux à s’approprier et à réutiliser pour valoriser la dimension historique de cet espace en réhabilitation.

À l’occasion de l’inauguration de l’ensemble immobilier Coop par SAS-3b le 14 octobre 2022, les travaux conçus lors de cette résidence artistique ont pu être présentés. En plein cœur de cet ancien site industriel, les œuvres installées dialoguaient avec un espace urbain récemment réhabilité, entre ré-emploi de matériaux, végétation et hyper minéralité. Œuvres oniriques, sculptures et installations sonores étaient autant d’invitations à redécouvrir et questionner l’espace coopératif d’un site à l’architecture et aux matériaux porteurs d’une mémoire. 

Pavés, Pigeons, Pancartes — Collectif Dernier Souffle (Sibylle de la Giraudière, Pierre Boyer et Jérémy Reynaud) 

Résidence de trois semaines dans le bâtiment de la sérigraphie à la Coop (Port du Rhin, Strasbourg). Installation à six mains. Réflexion sur les restes, la pérennité, l’injection d’énergie et de volonté dans les derniers instants d’un espace.

La Cigogne — Jules Le Maut

« La cigogne prend vie dans le quartier de la Coop, dans ce quartier en transition. J’ai d’abord récupéré différentes matières liées au lieu, des branches dans la partie encore en friche, des cailloux sur les bords du Rhin, un casier de vestiaire métallique, des restes de chantier du côté des bâtiments réhabilités. J’ai fini cette collecte en février et j’ai vu les premières cigognes arriver à Strasbourg. C’était une évidence pour moi de sculpter une cigogne avec ces matériaux, que ces objets déchus, oubliés, donnent forme à un symbole animal telle que la cigogne, qui prend tout son sens ici en Alsace. Je sculpte principalement des bêtes imaginaires, je constitue un bestiaire qui prend racine aussi bien dans les enluminures du Moyen Âge que dans les romans de science-fiction. Je les façonne à l’aide de matières récupérées, c’est ma façon d’agir et de réfléchir face aux enjeux environnementaux d’aujourd’hui. »

Le Perçage — Jipyo Hong

« Cette pièce faisait partie du bâtiment de la COOP depuis des années. En gardant sa forme originale et en préservant son histoire, je voulais reproduire l’action des vers à bois qui grignotent le bois et le traversent, un par un … Chaque trou avait son propre chemin. Plus je perce, plus le poids devient léger. L’action de percer et d’alléger le poids du bois était comme lui insuffler une nouvelle vie, en le transformant et en témoignant de son vécu. »

• S’Fàchwarkhüss — Alwena Boireau-Rigaud, Maud Chalvin, Amélie Giraud, Hugo Martinez, Nathan Wistrand, Manon Laleuf

Habiter le colombage : Ce projet questionne la dimension narrative de la construction bois. En Alsace, la construction ossature bois a une place particulière dans l’imaginaire collectif. La « s’Fàchwarkhüss » ou maison traditionnelle se caractérise par ses colombages apparents. Construite directement sur site, la structure proposée a été realisée exclusivement avec des matériaux de récupération. Elle rappelle la figure iconique du colombage tout en devenant mobilier urbain pour les nouveaux habitants du quartier. L’assemblage brut vient dialoguer avec l’architecture contemporaine et rappelle l’identité constructive alsacienne au sein d’un quartier marqué par la mémoire du lieu. Conçue pour l’assise d’environ 8 personnes, la structure devient un point de rencontre, un objet ludique permettant toutes sortes d’appropriations : banc, objet d’escalade, point de rencontre… Par la réalisation d’un objet simple et fondamentalement ancré dans le registre connu du mobilier urbain, Alwena, Hugo, Manon, Amélie, Maud et Nathan, parlent d’histoire et de quotidienneté, de mémoire et d’usage collectif.

• Le Nouveau Troupeau — Jules Le Maut

« Le nouveau troupeau prend forme dans une ancienne charpente, j’ai voulu redonner vie à ces madriers en leurs donnant des formes animales, à la manière d’un totem protecteur, le troupeau est constitué de différentes figures zoomorphes taillées dans la masse des morceaux de sapin. Les animaux sont complétés par leur pierre, ce sont des roches qui proviennent de mes collectes au bord du Rhin. Chaque jour je choisissais une pierre pour l’animal que je sculptais, je lui choisissais son humeur et son allure. La forme naturelle et minérale complète la forme sculptée. »

Veilleuse — Sibylle de la Giraudière et Jérémy Reynaud

Ce lampadaire en fonte étincelant doit son aspect à un procédé détourné de dorure, employant non pas de la feuille d’or mais une matière non moins chargée de sens, la couverture de survie. Posée avec la même méticulosité, celle-ci transforme cette pièce historique en un symbole fort, rayonnant de jour comme de nuit. Cette Veilleuse est un repère au centre du site de la Coop, pour les gens qui y habitent et y passent du temps. La présence du matériau isotherme, lisible comme tel à la condition de s’approcher de la pièce, nous rappelle qu’un projet d’urbanisme, d’immobilier, se déploie toujours au-delà de l’image qu’il veut donner sur un simple plan esthétique. La problématique du logement, de l’habitat, de l’abri, est toujours au centre, comme l’est la Veilleuse dans ce quartier en transition.

— Un projet conduit grâce au mécénat de SAS-3b.
— Coordination pédagogique : Claire Karsenty pour l’ENSAS et Konrad Loder, atelier métal.

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Publié le 13 novembre 2022