Diplômé en Art en 2011 au sein du groupe pédagogique Hors-Format (alors appelé Art 3), Paul Jacques Yves Guilbert est un artiste singulier. Il fabrique, à partir d’anecdotes autobiographiques, des auteurs élaborant leurs stratégies d’existences dans des essais. Rencontre.

Arrivé en première année à la HEAR (alors École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg), Paul Jacques Yves Guilbert hésite entre le monde de l’Art et celui de la Communication graphique. Il débute sa deuxième année en Art3, ancêtre d’Hors-Format, puis fait un second semestre en graphisme, mais « Pierre Mercier (ndlr: ancien enseignant au sein du groupe Art 3) m’avait déjà retourné le cerveau, je savais que je voulais aller en Art », se remémore l’artiste.

Expérimenter

Paul Jacques Yves Guilbert expérimente beaucoup. Il utilise la vidéo, le texte, fait des installations, de la performance, « j’ai pu tester des choses que je n’aurais pas pu faire après l’école », explique-t-il. L’étudiant a la chance d’évoluer dans une promotion très dynamique, « il y avait beaucoup d’émulation entre nous, on se motivait tous à faire à expérimenter, on organisait des expositions toutes les semaines, on a eu la possibilité de faire des erreurs et d’apprendre de celles-ci », poursuit-il.

Collectif

En quatrième année, un collectif se crée pour « consolider les liens après l’école ». « La pratique des étudiant·es d’Hors-Format étant très particulière et peu représentée dans l’art contemporain, on s’est dit que l’on aurait plus de force en collectif ». Baptisé PEZCORP, le collectif d’artistes se monte dans l’idée d’avoir un dispositif de médiation entre le spectateur et l’œuvre. Plusieurs expositions et performances sont proposées par le collectif depuis sa création en 2009 dans des lieux comme le Musée zoologique de Strasbourg, l’Institut supérieur pour l’étude du langage plastique de Bruxelles , le Syndicat potentiel à Strasbourg ou la Biennale 012 de Mulhouse.

Paradigmes

Aujourd’hui, Paul Jacques Yves Guilbert crée des « auto-essais écrits par différentes versions de moi, des paradigmes comme je les appelle. Chaque personnage fabrique ses auto-essais, c’est pour moi une manière de m’écarter entre ce que je dis et la réalité. Ces paradigmes prennent vie dans des performances, des videos, des installations ou simplement du texte », explique l’artiste.
Pourquoi créer différents personnages ? « Quand un artiste s’exprime sur quelque chose, il engage sa personne. Le fait de créer ces différents paradigmes me permet de me libérer d’une affirmation, chaque personnage tenant une vérité qu’il lui est propre. Ce principe me permet plus de liberté, je me glisse dans la peau d’une personnage avec une histoire, puis vient un autre personnage qui peut dire le contraire« , conclut Paul Jacques Yves Guilbert.

Audiovisuel

Vrai touche-à-tout, l’artiste a une activité de technicien audiovisuel « à côté ». « Je fais de la programmation, de la 3D, des effets spéciaux et de la VR, du coup je travaille pour des cinéastes et des artistes », explique Paul Jacques Yves Guilbert. Il insiste sur l’importance de cette activité en parallèle de sa pratique artistique : « c’est important d’avoir un savoir-faire, surtout si l’on se destine à être artiste. J’ai trouvé mon équilibre entre mes projets et mes missions de technicien audiovisuel, je peux dire que j’ai trouvé mon confort ! », conclut-il. Paul Jacques Yves Guilbert vient de rejoindre l’équipe du Fresnoy — dont il a suivi le cursus de deux ans après la HEAR — pour faire le suivi technique des projets d’étudiants.

Charlotte Staub


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