La HEAR participe cette année à la Quadriennale de Prague, le plus grand événement international consacré à la scénographie et à l’architecture de théâtre. Deux étudiantes de la mention Scénographie ont participé au projet Neuvième école, dirigé par le metteur en scène Philippe Quesne. Léa Chardin et Clothilde Valette reviennent sur cette aventure singulière.

A l’automne dernier, huit étudiants en formation de scénographie (l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs – EnsAD, Paris, l’École nationale supérieure d’architecture de Nantes, l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette, l’École nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais, l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre-ENSATT, la Haute école des arts du Rhin–HEAR, l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 et l’École supérieure d’art dramatique du Théâtre National de Strasbourg) venus des quatre coins de la France se sont retrouvés pendant un an au théâtre Nanterre-Amandiers pour créer le pavillon des écoles que la France présentera à la Quadriennale de Prague en juin 2019. Clothilde Valette et Léa Chardin, étudiantes en 4e année, ont participé à la création d’une « Neuvième école ».

Comment avez-vous vécu la rencontre avec le groupe ?
Clothilde Valette : On a pris beaucoup de temps pour se rencontrer, se découvrir, se montrer nos travaux respectifs. Puis quand le thème a été posé (ndlr: le thème choisi est celui de l’île), on a pu commencer à travailler, à échanger ensemble et voir comment les autres personnes du groupe travaillaient. J’étais là pendant toutes les périodes de réflexion et de recherches : comment se positionne-t-on, comment façonne-t-on le thème ? etc. Le jour où je suis partie, on a commencé à parler de la forme que prendrait cette Neuvième école. C’est à ce moment là que Léa est arrivée.

Léa Chardin : Je suis arrivée dans un deuxième temps, quand le projet de construction d’un camion était déjà lancé. Du coup, ça a été très rapide et tout de suite dynamique ! C’est très enrichissant de travailler avec des étudiants d’autres écoles car l’on n’a pas forcément l’occasion de se rencontrer pendant nos études. Il y a un étudiant du  TNS (Théâtre national de Strasbourg) dans le groupe, on est géographiquement à côté et pourtant on ne s’était jamais parlé ! C’est une expérience qui nous ouvre des possibilités pour travailler ensemble !

Et la rencontre avec Philippe Quesne ?

CV : Au départ, c’est Philippe qui a choisi la thématique de l’île. On a beaucoup étudié son travail dans un premier temps. On avait des réunions avec lui de temps en temps pour qu’il puisse nous donner des pistes et livrer son point de vue sur nos recherches. Puis, le groupe est devenu de plus en plus autonome. On savait quels étaient nos envies et nos besoins.

Parlez-nous de la forme du pavillon  :

LC : A partir des contraintes que l’on avait, c’est-à-dire se rendre tous ensemble à Prague, on a rapidement trouvé l’idée du camion. Il représente cette fameuse île qui est le fil rouge de la Neuvième école.

CV : Venant tous d’école et de ville différente, on voulait aussi créer quelque chose qui nous permettrait d’aller visiter les écoles de chacun !

LC : On a décidé de donner une forme organique au camion. Il se comprend comme un corps, dans lequel il digère toutes les données qu’on lui donne. En débattant sur la pédagogie que l’on nous enseigne dans les écoles, on s’est demandé si c’était une bonne idée de charbonner autant : a-t-on le temps de digérer les informations que l’on nous donne ? Le camion est devenu un espace de lenteur dans lequel on prend le temps. On a donné une autre vitesse au travail en quelque sorte…

Quel a été votre moment préféré dans l’aventure Neuvième école ?

CV : J’ai aimé faire partie de la phase préparatoire ! J’aime produire sans chercher immédiatement une finalité : j’ai besoin d’imaginer et de dessiner tous les possibles, sans penser aux contraintes, avant de me lancer et de passer à la réalité. Quand j’ai découvert le camion en revenant au théâtre, j’ai vu des choses différentes de nos recherches, ça a un côté frustrant mais en même temps ça fait du bien d’avoir pu lâcher prise, d’avoir fait confiance au groupe et de voir aujourd’hui le résultat.

LC : Le roulement a vraiment été bien pensé, car de mon côté j’aime bien être dans le vif du sujet ! J’ai adoré arriver sur le projet et travailler tout de suite sur le camion. C’était épuisant, mais tellement enrichissant ! J’adore cette ambiance de mouvement perpétuel et de bouillonnement d’idées !

Comment appréhendez-vous la quadriennale ?

LC : Je pense que ça peut être intéressant de créer sur place. Ça ne sera pas juste un stand sur lequel on se pose pour répondre à des questions. J’imagine qu’il y aura des formes de création qui naîtront… J’envisage cette quadriennale comme une mini résidence avec des moment interactifs qui permettront des rencontres riches.

CV : On part tous à Prague avec des idées, des envies, des objectifs scénographiques qu’on va essayer de réaliser tous ensemble !

Qu’est ce que la scénographie pour vous ?

LC : La scénographie, c’est faire manger de la culture aux gens en leur faisant croire que c’est de la barbe à papa ! J’ai une vision de la scéno comme quelque chose d’attractif pour le plus grand nombre, il faut qu’un maximum de personnes soit touché par mes créations.

CV : C’est dur à définir car ma vision change au fur et à mesure du temps ! Mais je pense que mon objectif de scénographe est de réussir à procurer aux spectateurs des émotions par l’espace, par les corps qui habitent cet espace. Je veux rendre les personnes belles sur scène pour procurer des émotions aux spectateurs.