L’incubateur Fluxus, né en 2018, est un dispositif qui accompagne des projets de création d’activités culturelles et artistiques sur le territoire du Grand Est. Deux diplômé·es de la HEAR ont intégré la promotion 2020–2021. Claire Antony, chargée de mission Entrepreneuriat culturel à la DRAC Grand Est et à l’initiative du projet, revient sur la création de Fluxus, ses ambitions et ses perspectives.

« L’incubateur Fluxus est né d’un simple constat : la région Grand Est compte neuf écoles sous la tutelle du Ministère de la Culture, donc potentiellement de nombreux diplômé·es chaque année ; certaines écoles développent des actions en faveur de l’insertion professionnelle mais aucun dispositif régional d’accompagnement à la création d’une activité professionnelle existait dans le secteur culturel» explique Claire Antony, chargée de mission Entrepreneuriat culturel à la DRAC Grand Est et fondatrice de Fluxus, « j’ai échangé avec beaucoup d’acteur·ices qui partageaient les mêmes convictions : il y a un réel besoin sur le territoire d’aider ces jeunes créatifs dans les premiers pas de la structuration de leur activité professionnelle et indirectement d’aller à l’encontre des fuites de compétences, notamment vers Paris, en leur donnant envie de rester et créer de l’emploi dans le Grand Est. »

Écosystème

Quatre structures se lancent à l’appel de Claire Antony, le Shadok (Strasbourg), BLIIIDA (Metz), Saint-Ex (Reims) et Stand up – Artem (Nancy) pour co-contruire le programme d’incubation. Aujourd’hui, une vingtaine de partenaires ont rejoint le dispositif, Bliiida est devenu l’opérateur principal pour l’accompagnement pédagogique et l’Agence culturelle Grand Est apporte son expertise pour les projets dans le spectacle vivant. L’incubation se déroule sur 10 mois à raison d’un rendez-vous collectif mensuel à travers la région. Chaque porteur de projet dispose également d’un lieu de travail, d’un·e tuteur·ice pédagogique et d’un « parrain/marraine » avec lesquel·les échanger. « C’est un véritable écosystème personnalisé autour de chaque incubé. Par ailleurs, le fait d’être entouré·e d’autres créatifs du secteur culturel mais pas forcément de la même pratique apporte une richesse dans les échanges ! ll y a vraiment de l’écoute et de l’entraide au sein des groupes » raconte Claire Antony.

Réussite

La première promotion, 100% féminine, composée d’artistes et designers, est une belle réussite et permet d’intégrer de nouveaux·elles acteurs·ices dans le dispositif dès la deuxième année. « La seconde promotion était plus variée, nous avons sélectionnés des projets dans les domaines du design, de la musique, des jeux vidéos, du cinémas, du spectacle vivant » souligne Claire Antony. Rose Ekwé, diplômée en Design textile à la HEAR en 2019, en a fait partie. Elle s’est lancée dans la recherche de nouveaux matériaux textiles non polluants, réduisant leur impacts sur l’environnement et l’humain. En lien avec des ingénieurs et des scientifiques, elle tisse des liens de matières inattendues, entre chimie, biologie et textile pour répondre à des projets sur mesure dans la recherche et développement, l’architecture ou la mode.

Nouvelle promotion

La promotion 2020–2021 vient d’être dévoilée avec 11 porteurs de projets dont deux ancien·nes de la HEAR, Harmonie Bégon (DNSEP Design, 2018) et Mounir Slatni (DNSEP Design textile 2019). Harmonie Bégon présente à demain Maurice, un projet au service de l’artisanat. « C’est un travail de collaborations durables qui valorise avant tout les artisans, leurs pratiques, leurs savoir-faire, leurs ressources et leurs histoires. À demain Maurice considère les pratiques artisanales et locales comme les modèles d’un futur désirable. Dans Maurice il y a donc l’artisanat, mais aussi et surtout les artisans. Leur dire « à demain », c’est les inviter aujourd’hui à construire ensemble un artisanat d’avenir. Ainsi, nous créons des projets et des objets honnêtes qui lui rendent sa place au cœur de nos usages quotidiens. » explique Harmonie Bégon. Elle sera parrainée par Grégoire Ruault, Président de l’association de designers IDeE à Strasbourg. Mounir Slatini présente quant à lui « Animal Time », un studio de création d’objets vêtements et accessoires sculpturaux alliant mode et art contemporain, inspiré de la faune sauvage. Il sera parrainé par Michail Papadogkonas, le creative manager de Balmain Paris.

Résidences

A court terme, deux axes de développement sont envisagés : d’une part le suivi des alumni fluxus, « nous trouvons dommage de les lâcher dans la nature, nous aimerions lancer un programme spécial alumni en relation avec d’autres dispositifs du territoire », précise Claire Antony. Et d’autre part,  « des résidences croisées transfrontalières afin de permettre aux incubés fluxus de confronter leurs projets à un public international ».

Le prochain appel à projet fluxus est prévu au printemps prochain pour l’année 2021/2022.

Charlotte Staub

(mise en ligne le 5 janvier 2021)