Adolescente parisienne, elle passait chaque jour devant une vitrine Hermès du 6e et … les fameux carrés se sont imprimés dans son imaginaire, faisant naître le désir d’en créer elle aussi un jour ! Diplômée en 2021 en design textile, elle expose la première collection capsule de Studio Marguerite au Musée d’Impression sur étoffes à Mulhouse en 2022, lance son activité de designer textile freelance tout en intégrant le showroom parisien Ido Diffusion en tant que responsable de la matériauthèque. De l’art de tisser tout à la fois ses créations et son network…

 

Tout petite déjà, Marguerite dessinait dans sa bulle. Puis les carrés de la légendaire marque de luxe française, et notamment une vidéo sur leur fabrication en sérigraphie, ont imprimé sa rétine et tracé comme une voie ! Bac en poche, elle fait un an d’histoire de l’art avant d’intégrer la HEAR à Mulhouse en 2017, enthousiasmée par sa visite de  l’école et ses premiers échanges avec les enseignant.es qui l’accueillent, Olivier Létang, professeur de volume et Christelle Le Déan, designer textile.

Septembre 2021, week-end des diplômes, elle expose son projet de DNSEP :  « la nature reprend des droits »
Ce projet, en gestation depuis de longs mois, s’est concrétisé pendant le confinement. Lors de cette pause planétaire inédite, la nature s’est en effet ré-invitée partout, jusqu’au cœur de l’urbain. Cette force verte démultipliée a fini de nourrir son inspiration, déjà fortement imprégnée des fabuleux panoramiques du Musée du papier peint de Rixheim, par exemple. Elle va ainsi concevoir ses pièces – papier peint, foulards, vêtements d’intérieur dans ce contexte à part, où prolifèrent de supposées « mauvaises » herbes… Elle évoque joliment cette influence à l’œuvre :  « Il s’agissait de renouveler le processus de création en invitant l’extérieur dans nos intérieurs. Des murs de nos salons à nos vêtements, les plantes envahissent tout. Les mauvaises herbes poussent sur nos papiers peints, se brodent sur nos canapés et s’impriment sur nos robes de chambre. Elles sont partout.  » Dans un processus de création conscient qu’elle revendique, elle produira toutes les pièces localement, à Mulhouse et ses alentours, en collaboration avec des entreprises de la région. Point d’honneur : éviter toute délocalisation non nécessaire et mettre en valeur les savoir-faire made in Haut-Rhin. Une version de son papier peint est par exemple imprimée en numérique avec Print line – maison spécialisée à Habsheim, une autre plus « luxe » imprimée en sérigraphie à l’école.

Le Prix de l’Académie d’Alsace, coup de booster !
Ce travail, la cohérence de son approche, lui valent d’être distinguée par le jury de l’Académie d’Alsace des sciences, lettres et arts qui va dès lors suivre ce Jeune talent avec attention. Ainsi dès avril, Dénia Bahadir et Bernard Reumaux lui proposent d’organiser une exposition au Musée d’Impression sur étoffes de Mulhouse en juin. Pied sur l’accélérateur ! Elle a 3 mois pour réaliser sa collection capsule : foulards bien entendu, T-shirts, robe d’intérieur, ensemble chemise et short d’été. Son inspiration pour cette capsule : un regard positif  sur Mulhouse, sa ville d’adoption « si inspirante ». Ses motifs invitent ainsi des silhouettes de passants réellement croisés, les colonnes XIXe de l’emblématique Société industrielle de Mulhouse, les stations du tram mulhousien, la végétation du parc de la Sinne… L’Académie d’Alsace, « un vrai tremplin », la met en relation avec la société Barrisol (installée à Kembs depuis 50 ans, connue pour ses plafonds tendus) pour l’impression des 4 grands panneaux imprimés.
L’exposition, initialement prévue pour un week-end, sera prolongée tout le mois de juillet. Très vite, le MISE lui fait savoir que les visiteurs demandent à acheter ses créations, et lui passe commande de 90 pièces (15 de chaque). La difficulté sera de boucler le financement de la production car au début, on n’a pas forcément les fonds pour investir. Une ressource essentielle à ce stade : le soutien de son fournisseur partenaire, Mitwill, un lien créé pendant son cursus à l’école et qui s’attache réellement à aider et valoriser la jeune création.

Depuis janvier 2022, elle a  intégré l’incubateur Fluxus
financé par la DRAC, et bénéficie d’un suivi d’un an pour créer ou développer son entreprise. Elle y apprend à structurer son approche d’un point de vue juridique, marketing, à cibler ses clientèles (les maisons de production), les démarcher… Deux bonnes fées sont penchées sur son projet : d’un côté, son parrain le designer Sylvain Marcoux (qui a sa maison de production entre Paris et le Mexique), de l’autre sa tutrice Christelle Le Déan (la HEAR étant partenaire de Fluxus). Cet accompagnement post-diplôme est précieux pour notre designer et son désormais Studio Marguerite.  Pour ce dernier, d’un statut d’auto-entrepreneur, Fluxus lui recommande de passer à celui d’Eurl et met à sa disposition les conseils d’un comptable sur 8 séances d’1 heure pour assurer la transition. Chaque mois, une session réunit par ailleurs les 8 autres tutorés sur une thématique définie, dans une ville différente : artistes (visuels, graphistes, designers) mais aussi du spectacle : une vraie dynamique prend forme avec l’émergence de projets communs. Fluxus : « stimulant et professionnalisant ! ».

En parallèle, après s’être formée dans l’équipe création d’India Mahdavi et chez Lelièvre, Marguerite est aussi graphiste textile freelance, sous le statut d’artiste auteure à la Maison des artistes. Sur cahier des charges de ses clients, elle crée des motifs aussi bien pour le textile de mode que d’intérieur (tissus d’ameublement, papiers peints) et les décline du premier dessin à la production finale, en accompagnant au besoin les recherches matières, couleurs et styling. Il s’agit là d’intégrer l’univers du client pour lui proposer le motif idéal. Un exercice qu’elle apprécie, tout en précisant que le développement de cette activité va d’abord lui permettre de financer ses créations propres qui restent « vitales ». Rien de plus stimulant pour elle que de créer des collections de A à Z, du 1er fil, de la 1ère couleur, au 1er mock up donnant l’atmosphère de la collection jusqu’aux déclinaisons sur tentures, meubles…

Depuis février 2022, elle est également responsable de la matériauthèque du show room de design – Ido Diffusion dans le 7e arrondissement parisien. La vocation du lieu est de présenter les créateurs, architectes d’intérieur et designers aux bureaux d’archi des maisons de luxe. Elle opère donc comme interface entre les créateurs et les marques, qu’elle accompagne dans la recherche de tissus haut de gamme, de lignes… Un contrat de salarié, 39 h par semaine qui laisse peu de temps à sa création propre mais elle y affûte sa vision du marché, des acteurs en présence et crée un réseau – essentiel dans cette période post-diplôme, comme lui avait justement conseillé l’artisan d’art Alexandre Poulaillon (membre du jury Prix Design de la Ville de Mulhouse rencontré lors du au WE des diplômes).

Son inspiration? réinterpréter les archives, notamment mulhousiennes, dans une approche contemporaine. Elle aime à s’inscrire dans l’Histoire des objets, meubles et vêtements et les faire renaître à un nouvel usage. Comme ses panneaux nés de son émerveillement devant les panoramiques floraux du Musée du papier peint. Elle crée à partir d’une photo, d’une archive, d’un lieu. Suivent les étapes de dessin au crayon, recherche de couleur, numérisation, test couleur avec Mitwill pour l’impression numérique. Ses séries limitées, comme les T-shirts par exemple, sont imprimées dans un atelier de Saint-Louis en sérigraphie – une belle technique manuelle à laquelle elle est très attachée.

L’école lui a apporté de « très belles opportunités » ! Elle a trouvé « passionnant » d’aborder l’histoire du textile et particulièrement les enjeux du wax avec l’anthropologue Anne Grosfilley, « incroyable au niveau des techniques » le workshop dans les locaux d’AICL au Ghana. Les nombreux partenariats avec les entreprises de la région, offrant la  possibilité de proposer des motifs – retenus ou non, lui ont permis de facilement prendre des initiatives aujourd’hui. Elle garde notamment un beau souvenir de la visite des archives de Tissage des Chaumes où elle s’est imprégnée du style de la maison avant de proposer un tweed style Chanel, mêlant différents fils. Ou encore du projet, avec La Cerise sur le gâteau, d’une collection créée à partir de chutes de tissus – riche expérience d’upcycling ! Sans oublier le workshop chez Mitwill, entreprise d’impression numérique de textile avec qui elle a développé depuis des liens professionnels privilégiés.

A noter
– plusieurs designs textiles de Marguerite sont exposés à WAX ! au musée Bourgoin-Jallieu jusqu’au 3 février 2023.
– à plus long terme, après Paris, elle se voit revenir, dans un atelier plus grand… à Mulhouse – cet incroyable berceau de l’histoire du textile qui offre un maillage de contacts et d’opportunités à re-tisser !

Repères
– mars 2020 – septembre 2021 : assistante création chez Lelièvre, Paris
– avril 2019 – août 2019 : assistante création chez India Mahdavi, Paris
– septembre 2021 : DNSEP/Master Design textile et Prix Jeune Talent Académie d’Alsace des Sciences, lettres et arts
– janvier 2022 : création de Studio Marguerite
– depuis février 2022 : responsable de la matériauthèque – IDO diffusion, Paris


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Agenda de l'exposition WAX! au Musée bourgoin-Jallieu

 


Josy Coutret – Mis en ligne le 15 novembre 2022