Travailler le textile était une envie qui habitait Astrid depuis l’enfance. Pour elle, « le tissu est un matériau organique, qui possède une personnalité ». Au départ, elle s’orientait plutôt vers la création de tissus d’ameublement ou d’automobile, puis sa relation au textile a changé. Retour sur un itinéraire singulier.

Astrid Hunsinger a obtenu son DNSEP Design Textile en 2017 en axant son projet de fin d’études sur les vêtements de travail destinés aux professionnel·les de l’hôtellerie. Son objectif ? Proposer des uniformes confortables, élégants et personnalisables. « Le tissu est un matériau relié à l’émotion. Porter un vêtement confortable, décorer son intérieur avec un textile aux couleurs harmonieuses : il est possible de rendre la vie plus agréable grâce au tissu ! »

Après avoir créé sa micro-entreprise, participé au projet Replica et exposé deux fois à la Biennale du Design de Saint-Étienne, c’est en 2019 qu’Astrid intègre l’entreprise Velcorex pour poursuivre son aventure textile. Spécialisée en velours et tissus plats, Velcorex est installée depuis près de deux siècles à Saint-Amarin (vallée de la Thur). « C’était important pour moi de m’implanter sur ce territoire, qui est le berceau de l’industrie textile en France. »

De fil en aiguille, son poste s’étoffe

Deux ans plus tard, Astrid est responsable collection du secteur création couleur. Elle crée seule, mais forme néanmoins un duo complémentaire avec son collègue Riwall Le Floch, responsable développement et qualité des tissus écrus pour la partie tissage.

Actuellement, elle réfléchit à quels tissus et coloris elle pourrait proposer pour la collection hiver 2022-2023. Pour cela, elle puise son inspiration dans le quotidien : « J’envisage de développer une gamme aux tonalités douces, inspirée du plumage de certains oiseaux. » Et comme elle travaille avec deux ans d’avance, son cœur de métier réside dans l’anticipation du besoin et des envies des clients. « Je visite des magasins avec mon collègue, je discute avec les vendeurs sur ce qui marche, avec nos commerciaux qui sont en relation directe avec les clients… Et surtout j’observe le monde, les passants, partout, pour avoir une idée générale de la mode et de la manière de s’habiller, que ce soit en ville ou à la campagne. Il est important de réussir à toucher le plus grand nombre, et pas seulement des marchés de niche. La mode est un sujet qui touche tout le monde, alors dans mon métier il faut garder l’esprit ouvert en permanence. » C’est ce qui lui plaît, même si ce n’est pas toujours facile : « La crise que connaît le monde en ce moment a grandement modifié ma manière de créer et de concevoir des collections. Les incertitudes, les problèmes d’approvisionnement ont marqué un tournant décisif, mais cela a aussi permis de développer le concept de “capsule”. » C’est-à-dire une gamme de références réduite (10-12 propositions au lieu de 150), pensée spécifiquement pour un besoin. « Dernièrement, j’ai développé une capsule “home office” alliant confort – pour le télétravail – et élégance – pour les visioconférences. »

Outre cela, Astrid pilote cinq personnes en tant que responsable du service échantillonnage et s’occupe de gérer les relations avec les agents commerciaux en charge d’une clientèle diverse répartie dans une vingtaine de pays différents. Enfin, elle communique sur les réseaux sociaux de l’entreprise et organise les salons. Un planning chargé, mais qui la rend heureuse.

Des valeurs au diapason

Ce qui lui plaît aussi beaucoup dans son travail, c’est d’être « sur le terrain. Je cherchais un poste où mon bureau serait à proximité des usines et ateliers pour pouvoir observer comment travaillent les ouvriers, pour comprendre et adapter ma création à ce contexte, aux contraintes, et bien sûr aux clients. » Astrid savoure l’instant présent et son épanouissement professionnel : « En fait à l’usine je ne m’ennuie jamais et je suis tombée amoureuse de l’industrie [textile]. Chez Velcorex, je travaille en autonomie mais en concertation avec tous les maillons de la chaîne, le laboratoire couleur notamment. Pour rien au monde je ne partirais dans un bureau de style parisien déconnecté de l’usine. »

Chez Velcorex, il y a de l’humain donc, mais aussi une vraie recherche tournée vers l’éco-responsabilité. Bien loin de la fast fashion, l’entreprise s’efforce d’innover pour proposer du qualitatif : des tissus plus respectueux de l’environnement et qui durent. En cela aussi Astrid se retrouve : « Velcorex est dans une démarche vertueuse, vers du plus local et moins polluant. C’est aussi une entreprise qui fait confiance aux jeunes ; elle est en pleine redynamisation grâce aux nouvelles générations qui apportent leur regard neuf et critique. »

Une solide connexion avec la HEAR

De son passage à la HEAR, Astrid garde un bon souvenir : « L’école m’a permis de grandir, d’explorer les possibles. J’ai pu y assouvir mon besoin de créativité tout en mettant en œuvre des projets concrets. » Elle a d’ailleurs également gardé contact avec des enseignantes de l’école, ce qui a permis l’organisation d’une rencontre à destination des étudiant·es de première année au mois d’avril. Et en parallèle, elle reçoit régulièrement en stage des étudiant·es avancé·es (deux cette année). Ainsi, entre anciens et nouveaux, les réseaux se créent, les liens se tissent…


Anaïs Jean • Publié le 27 avril 2021