À l’occasion de la troisième édition de la biennale Exemplaires, formes et pratiques de l’édition, les étudiants de 4e année de l’atelier Communication graphique ont conçu un ouvrage sur la notion de ratage, avec le partenariat du groupe Estimprim.

Depuis 2015, la biennale Exemplaires met en valeur l’exemplarité dans la production éditoriale francophone récente. Le principe de la biennale est que chaque école participante (treize cette année) doit dégager une thématique singulière à partir d’une sélection de six projets éditoriaux. Pour cette troisième édition, qui a eu lieu du 28 mars au 28 avril à Rennes, les étudiants de l’atelier Communication graphique de la HEAR ont pris le contre-pied de l’exemplarité et travaillé sur le ratage dans l’édition.

Règles tacites

« Ce sont les année 4 de l’an passé qui ont choisi cette thématique. Comme cela avait pris du temps, et que nous trouvions le sujet particulièrement intéressant, bien que périlleux, nous avons décidé avec ma collègue Yohanna My Nguyen et les étudiants d’année 4 de cette année de poursuivre le travail qui avait été amorcé par leurs prédécesseurs », explique Jérôme Saint-Loubert Bié, enseignant et coordinateur de l’atelier Communication graphique.

Les six ouvrages sélectionnés par les étudiants sont questionnés, décortiqués pour dégager à chaque fois un argumentaire sous forme d’un article critique. Mais attention, il ne s’agit pas de « juger les ouvrages sélectionnés. Il s’agit plutôt de comprendre l’erreur et ses logiques. Nous nous servons en effet du “ratage” pour mettre en lumière un ensemble de règles tacites liées à la pratique du design graphique » précisent les étudiants.

Contre contre exemplaires

Cette sélection de contre-exemples a été complétée et mise en regard avec d’autres éditions choisies pour leur exemplarité dans le champ éditorial, « des contre contre exemples en quelque sorte, qui deviennent de ce fait exemplaires », précise Jérôme Saint-Loubert Bié, « cette thématique est intéressante car elle pose la question de notre jugement », ajoute-t-il.

La note d’intention écrite par les étudiants explique quant à elle que « dans l’environnement de travail qui est le nôtre, à savoir une école d’art, l’erreur est parfois esthétisée, voire recherchée comme moyen d’expression, ce qui n’est pas sans soulever maints paradoxes (l’intention du ratage). Le pas de côté que nous nous sommes appliqués à faire ici a donc été d’autant plus ardu que l’erreur est fréquemment requalifiée à posteriori de façon positive. »

Double jaquette

Les étudiants ont joué sur cette ambivalence d’un point de vue graphique, avec une double jaquette rouge et verte, et un double sens de lecture. Le coordinateur de l’atelier s’est tourné vers le groupe Estimprim, qui travaille régulièrement avec l’école, pour la réalisation de l’ouvrage. « Philippe Berteaux et Jean-Frédéric Seené (ndlr: respectivement directeur général associé et attaché commercial) nous ont vraiment accompagné dans les aspects techniques de l’ouvrage. Ce sont par exemple eux qui nous ont suggéré la reliure apparente dont a découlé la double jaquette », précise Jérôme Saint-Loubert Bié.

« C’est à la fois très enrichissant de travailler avec une école d’art, car aujourd’hui de moins en moins de personnes utilisent du papier de création et c’est également un véritable challenge », explique Jean-Frédéric Seené, « ça nous permet de montrer notre savoir-faire ». « C’était une vraie opportunité de faire ce projet avec Estimprim car les étudiants ont pu se confronter à la réalisation d’un projet de A à Z, de la recherche d’ouvrages à l’écriture d’articles, de la création graphique jusqu’à la production dans un contexte industriel », conclut Jérôme Saint-Loubert Bié.


Le site internet de la biennale Exemplaires 2019